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WALK ON THE PUBLIC SITE - 2016       RETOUR / BACK


CACTUS performance. art. collective
, PLAY
Bord du lac et rues basses (14h30-17h)
16/17.09.16

 

 

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Il est 15 heures et j'arrive à la manif, la gorge nouée, des battements dans le ventre... à la recherche du bloc révolutionnaire féministe en non-mixité. Deux, trois visages connus parmi la foule. On me glisse une pétition, des pétards, des loups découpés dans des foulards. Il est question d'un déplacement, d'un mouvement, je retrouve mes acolytes et nous nous mettons en route entre deux banderoles « on a assez travaillé » et « nous sommes de ceux qui braquent la bric ». Un vieil homme se fait accoster par une militante : « excusez-moi monsieur, vous ne pouvez pas rester ici ». Charlotte sourit et Adeline dit qu'elle est heureuse d'être là. Moi aussi. C'est le 1er mai. Nous occupons l'espace et le temps de notre ville et reprenons en cœur les refrains : « Assez, assez de cette société qui ne tolère ni les gouines, les trans et les pédés ! », « Féministes, furieuses et en colère » ! Dans les rues marchandes, les passants hagards, étonnés, énervés, inquiétés, interpellés s'arrêtent, fixent le cortège. Un  groupe de touristes coincés dans leur bus nous font des signes de la main alors que résonne un tube de Madonna « Time goes by so slowly...Time goes by so slowly...Time goes by so slowly...Time goes by so slowly...Time goes by so slowly...Time goes by so slowly ».  La pluie coule à flot, les confettis virevoltent, le camion jaune se gare sur la plaine dans l'odeur des sardines et parmi les casquettes rouges UNIA, au loin un arc en ciel pointe le bout de son nez. 

 

Il y a quelques mois, les mêmes rues de la même ville étaient occupées par le collectif de performance CACTUS ! Ce dernier constitué par trois femmes ; Noora Baker, Thais Mennsitieri, Dafne Louzioti, convoquait aussi l'espace de la rue, celui de l'histoire des femmes et la possibilité d'articuler des dialectiques autres au sein de la création contemporaine. Avec PLAY, le trio générait l'éventualité de proposer de nouveaux récits et ceci sur le terrain même de la rencontre (fortuite) entre le passant et l'artiste qui performe dans l'espace public. PLAY se déclinait ainsi comme un jeu où le partenaire est nécessaire à son déroulement. Les règles, écrites en amont, font office de partition mais l'interprétation reste mouvante comme une danse traditionnelle et sujette aux déplacements des performeuses, des étoiles et des mythologies qui en découlent.

PLAY comme une injonction à agir, à occuper la ville, à prendre la parole, à partager un secret à l'oreille d'un ou une inconnu-e et à composer un chœur fait de singularités et de géographies éclatées. PLAY comme la nécessité d'agiter la sonnette d'alarme, d'être à l'écoute de la ville et de ses habitant-es, d’ouvrir les yeux, et de tendre l'oreille aux susurrements de l'alternative qu'ils soient cachés comme une performance infiltrée ou visibles comme le défilé du 1er mai. 

Laurence Wagner



CACTUS *1981, Noora Baker, vit et travaille à Ramallah et Londres ;
Thais Mennsitieri, vit et travaille à Londres ; Dafne Louzioti, vit et travaille
à Athènes.

Photos © Emmanuelle Bayart

     
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