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WALK ON THE PUBLIC SITE - 2016       RETOUR / BACK


Gianni Motti
, Real Time
Square de la Comédie (angle Rond Point de Plainpalais) (16h-17h)
12.11.16

 

 

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Quelque peu avant l’heure dite (celle qui invitait à la nouvelle performance de Gianni Motti, Real Time) les futurs spectateurs arrivaient au lieu indiqué – un petit square – déambulaient du pas flânant de l’attente, se saluaient, s’embrassaient, plaisantaient, buvant des bières déposées au pied d’un arbre par l’artiste, pensait-on. Lui qui n’était pas là ! Tous guettaient son arrivée, comme impatients d’un spectacle à venir, en ayant toutefois sotto voce un soupçon de méfiance métissée de curiosité sur ce qui allait se passer. Peu à peu, de plus en plus interrogatifs, les regards se tournaient vers une montre ou un téléphone mobile : le temps (réel) passait… toujours pas de Gianni Motti ! Doucement, dans l’attente qui se polongeait, l’évidence qu’il ne viendrait pas s’imposa et devint certitude lorsqu’une spectatrice pointa le doigt vers une façade d’un immeuble bordant le square. Une plaque y était apposée, similaire à celle indiquant le nom du lieu : « Ici a eu lieu Real Time performance de Gianni Motti le 12 novembre 2016 de 16h00 à 17h00 ».

La plaque était la performance elle-même. Et son archive dans le même temps. Et nous les spectateurs étions devenus des acteurs non-volontaires mais parfaitement conscients de l’événement qui se déroulait. La plaque de rue ou le carton d’invitation à un événement (pas à une exposition) jalonne régulièrement la pratique de Gianni Motti. Ils annoncent et recueillent, depuis 1986, ses actions de « revendication », des événements antérieurs ou futurs : une éclipse totale de Lune, de Soleil, une pluie de Léonides, un tremblement de terre. Ce 12 novembre 2016, serait-ce le Temps ?

Temps réel… Aucun doute là-dessus, il y a bien eu passage de temps ce jour-là dans ce lieu proche de l’Université et surtout du quartier dit « des Bains », celui des institutions et galeries d’art contemporain. Gianni Motti a plusieurs fois abordé la question du Temps en tant que phénomène scientifique. En créant Big Crunch Clock (1999), il abordait cette interrogation fondamentale des sciences de l’Univers qui, pour un certain nombre de chercheurs, « meurt à petit feu ». En observant, en toute tranquillité (on a bien le temps !) les vingt chiffres digitaux de son horloge décomptant le temps restant avant l’extinction du soleil signant la fin de l’univers, c’est bien à une perception du temps qu’il nous invite.
Il est aussi question du temps lorsque, se transformant en particule, Giani Motti a fait le tour à pied des vingt-sept kilomètres du LHC (Large Hadron Collider) du CERN en 2005. Au regard de la vitesse accélérée des particules propulsées dans ce tunnel circulaire, celle de la marche solitaire de l’artiste semble alentir le temps comme s’il ne passait plus…




 

Temps réel… ce petit ajout qualifiant le temps est aussi surprenant que devenu locution familière, de l’informatique qui s’est accaparé le terme à l’actualité journalistique, il semble rapprocher le temps de notre quotidien et nous le rendre plus concret (que serait-ce d’ailleurs une action en temps virtuel ?…). Mais ce n’est certainement pas à un débat sur le novlangue que nous convie Gianni Motti. Connaissant sa capacité à mettre à l’épreuve le corps social, il vaut mieux regarder du côté de l’expérience collective à laquelle il nous a invité. Et de la réflexion qu’elle provoque. Le temps de la performance, un temps précis et éphémère, concentre « en temps réel » la réalité d’être ensemble là où se produit l’événement. Pourquoi est-on là… Pourquoi voulait-on être présent à cet événement artistique ? Si les médias et le monde politique sont les terrains de prédilection de Gianni Motti, le milieu de l’art est tout autant un champ qu’il observe d’un œil aussi perspicace que décapant. Il pointe les tics de langage et les comportements, ses pratiques et ses modes. Selon une manière d’agir qui lui est absolument singulière, il s’est saisi, une nouvelle fois, de la situation qui lui était proposée (faire une performance) et l’a retournée en y introduisant habilement la distorsion qui dérègle les habitudes et rituels. En laissant les spectateurs-acteurs face à leurs interrogations.

Françoise Ninghetto


Gianni Motti * 1958, vit et travaille à Genève

 

 

 

 

 

 

 


Photos © Emmanuelle Bayart (sauf en haut à gauche)

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