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WALK ON THE PUBLIC SITE - 2016       RETOUR / BACK


Dina Roncevic, Car Deconstructions

Au Pneu — Espace commun du vélodrome, Genève (11h-17h)
24-25.09.16

 

 

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Un ancien garage souterrain épuré du fatras habituel. Un puits de lumière y fait jaillir la clarté du jour. Au sol, une ligne jaune indique une limite aux visiteurs de la série de performance Walk on the Public Site. Au-delà de cette marque, une voiture bleue est manipulée par 4 jeunes filles d’à peine 14 ans. Avec elles, une adulte, qui tantôt les guide, tantôt les suit dans leur entreprise de démontage du véhicule. Une pile de matériel est disposée face aux spectateurs: filtre à air, batterie, essuie-glace, alternateur, sièges, morceau de phare, pare-soleil. Calmement, méthodiquement, les cinq femmes travaillent, arrachent, démontent, déboulonnent, soulèvent, observent et cassent. Toutes vêtues de la même combinaison de mécanicien, elles forment une équipe et leurs mouvements semblent être une chorégraphie. J’hésite à employer ce dernier terme, tant il connote une mise en scène, ici réduite à son minimum, et tant il relève d’un champ lexical associé au féminin. En effet, ici tout procède du découplage du genre et de l’activité humaine. Elles ne dansent pas, elles démontent une automobile.

Car Deconstructions de Dina Roncevic croise plusieurs processus complémentaires. L’artiste enseigne un savoir qu’elle a elle-même acquis en Croatie en parallèle à ses études aux Beaux-Arts. Elle cherche à mettre en place une expérimentation, autant avec les jeunes filles qu’avec le public. En transmettant à ces pré-adolescentes les rudiments de mécanique, elle souhaite intervenir sur le réel et apporter une expérience souvent absente de leur éducation. En présentant sur deux journées ce processus au public, elle expose la rareté de la relation des femmes à l’appareillage automobile, et critique ainsi les habitudes qui régissent l’éducation et les codes sociaux liés au genre.

 

 

La génération des pré-adolescentes est-elle touchée par une démarche féministe? Trouvent-t-elles un sens à se retrouver entre filles pour cette opération ? « Oui », répondent les participantes sans hésiter. La présence de garçons aurait perturber l’approche, empêcher la prise en main – ces derniers auraient probablement laisser peu de place à leurs consœurs, me confient-elles à l’issue de la performance. Elles ont apprécié cette découverte, ce démontage. Elles se voient poursuivre cette expérience car elles aussi vont conduire, être amenées à changer une roue, ouvrir le capot du moteur et réparer un élément, et tromper les assignations genrées pré-construites.

Dina Roncevic envisage l’intégration de son apprentissage de mécanicien dans sa pratique artistique comme un geste politique. Seule femme dans la formation technique, seule femme dans les garages où elle a ensuite travaillé, elle a souffert de discrimination. Elle revient à l’art avec cette pratique pour exposer cette réalité et, avec le processus artistique, transformer le réel.

Denis Pernet


Dina Roncevic *1984, vit et travaille en Croatie

 

     
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    Photos © Emmanuelle Bayart